{"id":3420,"date":"2021-03-15T11:59:56","date_gmt":"2021-03-15T11:59:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/2021\/03\/15\/nostalgia-del-padre\/"},"modified":"2021-05-07T09:41:45","modified_gmt":"2021-05-07T09:41:45","slug":"nostalgie-du-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/2021\/03\/15\/nostalgie-du-pere\/","title":{"rendered":"Nostalgie du p\u00e8re  (French Version)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"3420\" class=\"elementor elementor-3420\" data-elementor-settings=\"[]\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-section-wrap\">\n\t\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-29f00022 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"29f00022\" data-element_type=\"section\" data-settings=\"{&quot;background_background&quot;:&quot;classic&quot;,&quot;_ha_eqh_enable&quot;:false}\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-background-overlay\"><\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-3d6112a6\" data-id=\"3d6112a6\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-inner-section elementor-element elementor-element-43a716cd elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"43a716cd\" data-element_type=\"section\" data-settings=\"{&quot;_ha_eqh_enable&quot;:false}\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-inner-column elementor-element elementor-element-2f8a7d32\" data-id=\"2f8a7d32\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4606733c elementor-widget elementor-widget-heading\" data-id=\"4606733c\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"heading.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t<h2 class=\"elementor-heading-title elementor-size-default\">Nostalgie du p\u00e8re <Br>(French version) <\/h2>\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-2af2989 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"2af2989\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-text-editor elementor-clearfix\"><p><i>By\u00a0<a href=\"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/jean-luc-nancy\/\">Jean-Luc Nancy<\/a><br \/><\/i><\/p><\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-7f78a7e elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"7f78a7e\" data-element_type=\"section\" data-settings=\"{&quot;_ha_eqh_enable&quot;:false}\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-2a32578\" data-id=\"2a32578\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-e9d07b7 elementor-invisible elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"e9d07b7\" data-element_type=\"widget\" data-settings=\"{&quot;_animation&quot;:&quot;fadeInUp&quot;}\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-text-editor elementor-clearfix\"><h1>1<\/h1><p>Vatersehnsucht : Freud d\u00e9signe ainsi[1]le rapport premier \u2013 originaire, archa\u00efque au sens le plus propre \u2013 que toute constitution d\u2019identit\u00e9 (d\u2019un individu, d\u2019un moi) implique n\u00e9cessairement. Par rapport \u00e0 cette nostalgie irrepr\u00e9sentable nous ne connaissons que des substituts : Id\u00e9al du moi, Dieu, Chef, et aussi \u00abp\u00e8re\u00bb \u00e0 tous les sens du mot.<\/p><p>Or Freud sait comme nous tous que la nostalgie est tendue vers un inaccessible, voire un impossible. Le mot fran\u00e7ais (en fait grec) \u00e9voque la douleur de ne pouvoir pas faire retour. Le mot allemand d\u00e9signe une tension obs\u00e9dante vou\u00e9e \u00e0 rester tendue.\u00a0 Avec cette expression tout est dit : le P\u00e8re n\u2019a pas eu lieu. Il n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre m\u00eame si son r\u00f4le ou sa figure sont n\u00e9cessaires. Si Freud ne l\u2019\u00e9nonce jamais ainsi il est souvent tr\u00e8s pr\u00e8s de le sugg\u00e9rer. Si le P\u00e8re n\u2019existe pas, toute constitution de foule organis\u00e9e selon une hi\u00e9rarchie au sens le plus fort du mot (une sacralit\u00e9 archa\u00efque) repose sur une substitution factice. Par principe, la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019ordonne \u00e0 une suppl\u00e9ance[2]de son propre principe. Ce qui peut aussi se dire ainsi : elle est an-archique de mani\u00e8re essentielle.[3]<\/p><p>Si la soci\u00e9t\u00e9 est anarchique et si en somme la dispersion ou la dissociation la guette ou la hante toujours, il faut bien se demander comment est possible la moindre association. Freud a abord\u00e9 ce probl\u00e8me dans Psychologie des masses et analyse du moi, dans Totem et tabou, Malaise dans la civilisation, Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme ainsi que de mani\u00e8re plus occasionnelle dans d\u2019autres textes. C\u2019est une de ses pr\u00e9occupations majeures \u00e0 partir de 1921 (date du premier de ces livres).<\/p><p>Dans le titre Psychologie des masses et analyse du moi il faut \u00eatre attentif \u00e0 la conjonction de coordination. Elle n\u2019annonce pas une simple coordination mais bel et bien une implication r\u00e9ciproque. La question des masses doit passer par celle du moi qui pour sa part n\u2019est pas dissociable de la premi\u00e8re. Il faut de plus pressentir un chiasme : la psychologie serait plut\u00f4t attendue au sujet du moi tandis qu\u2019\u00e0 propos des masses elle peut para\u00eetre une gageure. Quant \u00e0 l\u2019analyse du moi \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 sa psychanalyse \u2013 elle devra prendre en compte la masse. Comment chacun des deux termes est-il engag\u00e9 par l\u2019autre, c\u2019est tout l\u2019enjeu du livre. Il ne s\u2019agit de rien d\u2019autre que d\u2019examiner comment masse et moi, qui de prime abord s\u2019opposent voire s\u2019excluent, se composent au contraire voire s\u2019incluent.<\/p><p>La nostalgie du P\u00e8re \u2013 son inanit\u00e9 autant que sa t\u00e9nacit\u00e9 \u2013 sera pour finir ce qui commande ce double et interminable\u00a0 mouvement dont la M\u00e8re, en revanche, appara\u00eetra comme l\u2019espace o\u00f9 il se d\u00e9ploie.<\/p><h1>2<\/h1><p>La masse[4](ou les masses) telle que Freud la reprend \u00e0 Le Bon se distingue chez celui-ci de la \u00ab race \u00bb\u00a0 ou du \u00ab peuple \u00bb. Ce dernier proc\u00e8de d\u2019une h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et d\u2019un h\u00e9ritage ; il se manifeste dans une civilisation ou dans une culture, donc par des m\u0153urs, des traditions, etc. La foule ou la masse au contraire est un assemblement non h\u00e9rit\u00e9 mais suscit\u00e9 par une situation ou par une organisation distincte du \u00ab peuple \u00bb m\u00eame si elle se trouve en lui (ainsi l\u2019arm\u00e9e ou l\u2019Eglise). La masse ne se re\u00e7oit pas d\u2019une origine propre, elle se forme de mani\u00e8re spontan\u00e9e ou arbitraire mais elle\u00a0 n\u2019est pas \u00ab indig\u00e8ne \u00bb au premier sens du mot.<\/p><p>Cette distinction engage tout le probl\u00e8me : comment se forme un groupe sans h\u00e9ritage ni identit\u00e9 donn\u00e9s ? C\u2019est-\u00e0-dire comment se forme le premier groupe humain ? Freud sera conduit par la suite \u00e0 \u00e9tudier les soci\u00e9t\u00e9s tot\u00e9miques car il y trouvera des signes de la formation d\u2019un peuple \u00e0 partir de ce qu\u2019il aura \u00e9tabli comme un rapport premier \u00e0 une origine d\u00e9rob\u00e9e. Un totem est toujours un anc\u00eatre : il d\u00e9signe ou il figure celui-ci. Une masse ne sait pas ou ne peut pas d\u00e9signer ni figurer son anc\u00eatre.<\/p><p>Ou bien, et plus exactement, une masse est ce dont la formation est contemporaine ou cooriginaire \u00e0 la figuration m\u00eame d\u2019une origine ancestrale. C\u2019est vers cette cooriginarit\u00e9 que Freud progresse dans Massenpsychologie.<\/p><p>Ce faisant, il affronte la question de la formation des individus qui composent la masse. Tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, il s\u2019agit de comprendre comment ils peuvent composer entre eux. Freud ne cesse pas de se d\u00e9battre avec la difficult\u00e9 de cette composition. Consid\u00e9r\u00e9e du point de vue de l\u2019individu ou du moi elle est exclue si le moi se caract\u00e9rise par son autosuffisance. Consid\u00e9r\u00e9e du point de vue e la masse elle est opaque si la masse coagule en quelque sorte des unit\u00e9s sans traits distinctifs. La masse en effet met en \u00e9vidence toutes sortes d\u2019effacements des autonomies individuelles.<\/p><p>Freud renouvelle en somme la question de ce que Kant nommait l\u2019insociable sociabilit\u00e9. Schopenhauer l\u2019a illustr\u00e9 par la fable des porc-\u00e9pics cit\u00e9e dans Massenpsychologie(VI).[5]Ce n\u2019est rien moins que la question autour de laquelle ont tourn\u00e9 toutes les pens\u00e9es socio-politiques des Modernes : comment est-il possible de faire soci\u00e9t\u00e9 ?<\/p><h1>3<\/h1><p>En termes freudiens et en recourant au livre publi\u00e9 deux ans plus tard \u2013 Le moi et le \u00e7a \u2013 on peut dire que la question devient celle de savoir comment un moi se d\u00e9tache du \u00e7a et comment une fois d\u00e9tach\u00e9 il peut rencontrer un autre moi. Ainsi formul\u00e9e, la question se complique. Elle ne proc\u00e8de pas seulement de l\u2019a priori d\u2019un individu autonome mais en m\u00eame temps elle questionne la provenance de cet individu et donc son autonomie.<\/p><p>A travers tous les textes d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9s Freud s\u2019emploie \u00e0 relativiser ou \u00e0 r\u00e9duire cette autonomie. Le moi n\u2019est jamais compl\u00e9tement s\u00e9par\u00e9 du \u00e7a\u00a0 (tout comme le conscient de l\u2019inconscient). Il n\u2019en est apr\u00e8s tout qu\u2019une \u00ab surface \u00bb. Il y a plusieurs moi mais ils communiquent tous avec un \u00e7a qui semble lui-m\u00eame tout autant celui de chacun que le m\u00eame pour tous. La question cruciale de Massenpsychologie est celle de ce que Freud nomme les identifications, c\u2019est-\u00e0-dire les possibilit\u00e9s de communication (de contagion, de rapport hypnotique) qui ne rel\u00e8vent pas d\u2019un rapport \u00e0 un objet mais d\u2019un rapport (ou d\u2019un contact, d\u2019une suggestion) entre des moi qui s\u2019appr\u00e9hendent comme semblables. Il y a une m\u00eamet\u00e9 des moi (une m\u00eamet\u00e9 des soi-m\u00eame) qui rend possible l\u2019identification.<\/p><p>On peut ici ajouter \u00e0 Freud une remarque sur le double sens du mot \u00ab identification \u00bb. Outre une assimilation \u00e0 un autre il peut aussi signifier la constitution et le rep\u00e9rage d\u2019une identit\u00e9 propre. Faudrait-il penser qu\u2019un moi ne se d\u00e9tache et ne se distingue que pour autant qu\u2019il s\u2019assimile \u00e0 un autre ? Tout l\u2019enjeu est l\u00e0.<\/p><h1>4<\/h1><p>Or il se trouve que le \u00e7a pr\u00e9sente des caract\u00e8res qui peuvent orienter la r\u00e9ponse.<\/p><p>Le \u00e7a emprunt\u00e9 \u00e0 Groddeck provient lui-m\u00eame duSelbst de Nietzsche.[6]Celui-ci n\u2019est pas un \u00ab soi \u00bb (sich) mais un \u00ab m\u00eame \u00bb rapport\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, ce qui est diff\u00e9rent puisque \u00ab soi \u00bb ne contient pas l\u2019id\u00e9e du m\u00eame. Or ce Selbst serait dot\u00e9, selon une note posthume de Freud, d\u2019une Selsbstwahrnehmung, d\u2019une perception de lui-m\u00eame certes obscure mais par o\u00f9 la m\u00eamet\u00e9 se per\u00e7oit comme telle.<\/p><p>En d\u2019autres termes, on peut dire que le \u00e7a se qualifie lui-m\u00eame comme lieu d\u2019identit\u00e9s possibles, c\u2019est-\u00e0-dire de distinctions entre m\u00eame et m\u00eame \u2013 puisqu\u2019il comporte lui-m\u00eame la dimension du Selbst. En d\u2019autres termes, le pr\u00e9-individuel n\u2019est pas simplement ni uniform\u00e9ment le m\u00eame pour tous : il y a en lui, comme sa structure m\u00eame, la capacit\u00e9 de donner naissance \u00e0 des moi qui ne s\u2019individualisent qu\u2019en entra\u00eenant dans leur individualit\u00e9 quelque chose de la m\u00eamet\u00e9 d\u2019o\u00f9 ils sont issus. Et ce quelque chose consiste dans la possibilit\u00e9 du rapport au m\u00eame. Ou encore : pour devenir moi-m\u00eame je passe par la perception de l\u2019autre m\u00eame. J\u2019emploie ici le mot \u00ab perception \u00bb en pensant \u00e0 ce que Freud nomme \u00ab perceptions internes \u00bb[7]. Elles concernent les \u00ab couches les plus vari\u00e9es et \u00e0 coup s\u00fbr les plus profondes de l\u2019appareil psychique \u00bb. Le meilleur mod\u00e8le en est le couple plaisir-d\u00e9plaisir. La vari\u00e9t\u00e9\u00a0 \u00e9voqu\u00e9e renvoie \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 des modalit\u00e9s ou des qualit\u00e9s qui peuvent \u00eatre mises en jeu (comment il peut y avoir plaisir ou d\u00e9plaisir, acceptation ou refus, accueil ou destruction). La profondeur renvoie au \u00e7a ou \u00e0 l\u2019inconscient.<\/p><p>Lorsque dans Massenpsychologie VIII Feud trace un sch\u00e9ma des moi qui ont \u00ab mis un seul et m\u00eame objet [il s\u2019agit du \u00ab guide \u00bb] \u00e0 la place de leur id\u00e9al du moi et par l\u00e0 se sont mutuellement identifi\u00e9s dans leur moi \u00bb il affirme que c\u2019est \u00ab une masse primaire \u00bb.<\/p><p>La constitution premi\u00e8re de la masse implique une communication pr\u00e9alable entre ceux qui la forment. Cette communication ne peut pas se limiter au rapport \u00e0 des objets, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la libido. Elle doit avoir lieu entre des sujets \u2013 non\u00a0 comme un accord pass\u00e9 entre des sujets form\u00e9s mais en m\u00eame temps qu\u2019ils se forment. C\u2019est au fond ce que Rousseau pressentait en disant que le contrat social \u00e9tait en m\u00eame temps l\u2019accession \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Or la difficult\u00e9 bien connue qu\u2019on soul\u00e8ve en demandant comment des non-humains peuvent passer un contrat \u2013 acte symbolique s\u2019il en est \u2013 se retrouve chez Freud comme la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9m\u00ealer la simultan\u00e9it\u00e9 et l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 entre les individus et le groupe. Telle est la difficult\u00e9 rencontr\u00e9e avec l\u2019identification, difficult\u00e9 dont Freud convient qu\u2019il ne parvient pas vraiment \u00e0 la r\u00e9soudre.<\/p><h1>5<\/h1><p>Il est exclu de pr\u00e9tendre trouver une solution \u00e0 ce qui sans doute n\u2018en comporte pas \u2013 s\u2019il ne s\u2019agit de rien de moins que la raison d\u2019\u00eatre de l\u2019humanit\u00e9 en tant qu\u2019esp\u00e8ce de l\u2019\u00ab animal politique \u00bb. L\u2019expression d\u2019Aristote ne signifie pas seulement\u00a0 \u00ab esp\u00e8ce propre \u00e0 vivre en cit\u00e9 \u00bb mais d\u2019abord \u00ab esp\u00e8ce dont la propri\u00e9t\u00e9 est de s\u2019assembler en discutant et en d\u00e9cidant des modes de son assemblement \u00bb. Ce qui chez Aristote se dit \u00ab esp\u00e8ce dou\u00e9e de logos \u00bb.<\/p><p>Lelangage joue en effet un r\u00f4le remarquable chez Freud \u00e0 propos de la formation du groupe. Dans le suppl\u00e9ment B de Massenpsychologie le meurtre du p\u00e8re de la horde primitive est pr\u00e9sent\u00e9 comme le r\u00e9cit fictif qu\u2019un des enfants raconte aux autres. Cet enfant aurait \u00e9t\u00e9 le dernier-n\u00e9 et comme tel le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de la m\u00e8re qui l\u2019aurait prot\u00e9g\u00e9 du p\u00e8re. Ce privil\u00e9gi\u00e9 n\u2019en ressent pas moins la privation du p\u00e8re et se d\u00e9tache de la masse (une masse d\u00e9j\u00e0 effective mais mal constitu\u00e9e)[8]. Ce qu\u2019il \u00e9prouve est une nostalgie pour le p\u00e8re originel.<\/p><p>Disons-le ainsi : l\u2019 inventeur du premier r\u00e9cit de l\u2019origine veut s\u2019inventer lui-m\u00eame comme meurtrier du p\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire comme celui qui le remplace. Il le fait sous la pression d\u2019une nostalgie, d\u2019une Sehnsucht qui est aussi, en tant que Sucht, de l\u2019ordre de l\u2019addiction ou de la passion \u2013 de ce d\u00e9sir passionn\u00e9 que Freud discerne dans la masse[9]. Il est donc m\u00fb par un double affect : cette nostalgie passionn\u00e9e et la tendresse toute particuli\u00e8re de sa m\u00e8re. Il en vient ainsi \u00e0 pr\u00e9senter une \u00ab r\u00e9interpr\u00e9tation mensong\u00e8re du temps originaire \u00bb. Il forge un mythe dont il est le h\u00e9ros. En r\u00e9citant aux autres le po\u00e8me de son invention de l\u2019origine il leur permet de s\u2019identifier \u00e0 lui car ils \u00e9prouvent tous la nostalgie du p\u00e8re. \u00ab Le mythe est ainsi le pas gr\u00e2ce auquel l\u2019individu sort de la psychologie de masse \u00bb.<\/p><p>Il en sort pour lui donner sa v\u00e9rit\u00e9 pourrait-on dire. Car le mythe instaure la possibilit\u00e9 m\u00eame de l\u2019identification. La masse s\u2019identifie au h\u00e9ros et ce faisant s\u2019identifie elle-m\u00eame comme ensemble d\u2019identit\u00e9s semblables et donc permutables ou substituables. Freud renvoie ici en note \u00e0 un livre de Hanns Sachs[10]. A lire ce dernier, on voit en effet que Freud lui doit beaucoup pour l\u2019analyse de l\u2019h\u00e9ro\u00efsation. Toutefois il n\u00e9glige une phrase. Hanns Sachs termine sa description du po\u00e8te comme h\u00e9ros du conte en faisant observer que son identification (au sens de la reconnaissance) risque d\u2019emp\u00eacher ses auditeurs de s\u2019identifier au h\u00e9ros. \u00ab Pour \u00e9carter cet obstacle le po\u00e8te doit cr\u00e9er un h\u00e9ros impersonnel ou, pour le dire mieux, surpersonnel avec lequel il peut s\u2019identifier aussi bien que tous les auditeurs puisqu\u2019il est en m\u00eame temps chacun et aucun. \u00bb<\/p><p>Freud n\u00e9glige cette phrase car son attention reste fix\u00e9e \u00e0 la figure d\u2019un h\u00e9ros dominant, devenant Dieu ou Chef. L\u2019identification pour lui est d\u2019abord sinon essentiellement hi\u00e9rarchique[11]. Il lui soumet l\u2019identifiation horizontale pourtant n\u00e9cessaire \u00e0 la premi\u00e8re \u2013 ce qui ne veut pas dire ant\u00e9rieure mais au moins concomitante. La nostalgie du p\u00e8re le travaille lui aussi alors m\u00eame qu\u2019il cherche comment les moi en train de se faire \u2013 de se s\u00e9parer du \u00e7a et entre eux \u2013 s\u2019\u00e9prouvent aussi mutuellement comme semblables.<\/p><h1>6<\/h1><p>Sans doute faut-il revenir de mani\u00e8re plus attentive aux conditions indiqu\u00e9es par Freud lui-m\u00eame pour le d\u00e9clenchement du processus d\u2019identification. Il y en a deux : le langage et les affects. Prenons-les l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre avant de nous demander quel rapport il y aurait entre eux.<\/p><p>Le langage fait de toute \u00e9vidence non seulement le moyen mais le lieu effectif de l\u2019identification, qu\u2019il s\u2019agisse de celle du fils au p\u00e8re ou de celle de ses fr\u00e8res au h\u00e9ros qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9. Il faut bien parler ici de cr\u00e9ation puisque c\u2019est avec rien que le p\u00e8re est invent\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire nomm\u00e9. Sa nomination est \u00e0 la fois celle de son nom propre \u2013 ne f\u00fbt-il que celui de \u00ab P\u00e8re \u00bb comme nom de qui n\u2019a pas plus de nom que d\u2019existence \u2013 et celle de la gen\u00e8se ou g\u00e9n\u00e9ration d\u2019o\u00f9 provient le groupe. Ce dernier s\u2019identifie \u00e0 une identit\u00e9 inidentifiable. La masse ou le collectif est cela qui se cherche ou qui se projette une identit\u00e9. Ce qui est en attente ou en demande d\u2019identit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de Selbst de soi-m\u00eame parce que le soi-m\u00eame est ce qui se per\u00e7oit obscur\u00e9ment, confus\u00e9ment comme inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019existence de quoi que ce soit \u2013 de tous les corps physiques ou physiologiques, de toutes les pr\u00e9sences entass\u00e9es ou m\u00eal\u00e9es.<\/p><p>A cette demande, le langage n\u2018apporte pas une r\u00e9ponse : il l\u2019expose en tant que demande. Il expose la qu\u00eate g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019identique \u00e0 travers la multiplicit\u00e9 ind\u00e9finie et indistincte. Il est langage en tant qu\u2019il porte la possibilit\u00e9 d\u2019identifier ce qu\u2019on appelle un sens. Ce qu\u2019on peut aussit\u00f4t retourner pour dire : en tant que le sens est l\u2019\u00e9l\u00e9ment de l\u2019identit\u00e9 et de la distinction qui est son corollaire.<\/p><p>Ce au bord de quoi Freud se tient en proposant un mythe de la naissance du mythe c\u2019est tr\u00e8s exactement la naissance du langage et\/ou du sens. Lacan a tr\u00e8s bien per\u00e7u que c\u2019\u00e9tait l\u2019enjeu : il qualifie l\u2019identification d\u2019 \u00bbidentification de signifiant \u00bb[12]Il pr\u00e9cise aussit\u00f4t qu\u2019elle n\u2019est pas \u00ab identification imaginaire \u00bb ce qu\u2019on peut comprendre ainsi : elle n\u2019est pas identification \u00e0 une forme ou \u00e0 une figure donn\u00e9e mais identification mutuelle de deux (ou plus) qui se d\u00e9couvrent comme \u00ab m\u00eame \u00bb pr\u00e9cis\u00e9ment en ceci qu\u2019ils peuvent former une forme non donn\u00e9e, autrement dit signifier.<\/p><p>C\u2019est m\u00eame l\u00e0 sans doute qu\u2019on saisit au mieux que le \u00ab signifiant \u00bb de Lacan doit \u00eatre compris au sens actif du sujet en train de signifier \u2013 ou de faire na\u00eetre du sens (un sujet n\u2019\u00e9tant en somme rien d\u2019autre que cette capacit\u00e9 ou cette ponctualit\u00e9 signifiante). Elle est la m\u00eame chez tous et comme elle n\u2019est effective qu\u2019au coup par coup, si on peut dire, en chaque point de naissance de sens, c\u2019est elle aussi qui fait que selon Lacan \u00ab le sujet pur parlant [\u2026] est amen\u00e9 [\u2026] \u00e0 vous prendre toujours pour un autre \u00bb. Et ce rapport \u00e0 un autre en tant qu\u2019il op\u00e8re entre tous les m\u00eames est ce que Lacan traduit comme \u00ab grand Autre \u00bb mais dont on peut dire aussi bien qu\u2019il est le rapport de sens, lequel est aussi chaque fois rapport au sens comme \u00e0 ce qui distingue et relie en m\u00eame temps des soi-m\u00eame (des moi, donc, mais des moi en train de s\u2019identifier et jamais identifi\u00e9s au sens d\u2019un participe pass\u00e9\u00b0).<\/p><p>L\u2019interpr\u00e9tation lacanienne satisfait pleinement \u00e0 la requ\u00eate de Freud : elle \u00e9claire la communication des moi dans leur stricte distinction et en tant que, issus d\u2019un m\u00eame \u00e7a, ils lui appartiennent encore tout en se s\u00e9parant comme les m\u00eames qui se signifient leur commune discr\u00e9tion \u2013 au sens math\u00e9matique du mot mais aussi au sens de la r\u00e9serve, de la retenue de chacun qui reste l\u2019autre et ainsi un tout-autre selon l\u2019expression de Derrida.[13]<\/p><h1>7<\/h1><p>Cette logique des unit\u00e9s discr\u00e8tes correspond aussi[14]\u00e0 ce que Lacan nomme le \u00ab trait unaire \u00bb : chacun comptant pour un sans qu\u2019aucun vaille pour tous. Il faut donc se demander comment comprendre la distinction \u2013 pour le coup pas tr\u00e8s discr\u00e8te \u2013 du fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 cr\u00e9ateur et h\u00e9ros du mythe.<\/p><p>En tant que tel, il est po\u00e8te et Freud souligne le caract\u00e8re po\u00e9tique de cette premi\u00e8re parole. On comprend peut-\u00eatre alors mieux qu\u2019il n\u2019ait pas tenu compte de la derni\u00e8re phrase de Hanns Sachs : m\u00eame si le h\u00e9ros doit valoir comme tous et aucun, il a fallu inventer ce personnage \u00ab impersonnel ou plut\u00f4t surpersonnel \u00bb. Peut-\u00eatre Freud per\u00e7oit-il le surmoi que l\u2019inventeur du mythe peut engendrer ou devenir lui-m\u00eame. A ce titre il faudrait compliquer la question de l\u2019 \u00bbarch\u00e9philie \u00bb \u00e9voqu\u00e9e plus haut. L\u2019anarchie dont j\u2019ai parl\u00e9 ne se s\u00e9pare peut-\u00eatre pas sans reste d\u2019une hi\u00e9rarchie (comme on sait il y a l\u00e0 un n\u0153ud probl\u00e9matique pour la d\u00e9mocratie). Mais ce n\u2019est pas \u00e0 cela qu\u2019il faut s\u2019arr\u00eater ici. C\u2019est d\u2019abord le po\u00e8te en tant que tel qui est distingu\u00e9[15]. Or le po\u00e8te, comme on sait, se distingue pour Freud par une capacit\u00e9 bien particuli\u00e8re. Elle appara\u00eet ici, on l\u2019a vu, dans la \u00ab r\u00e9interpr\u00e9tation mensong\u00e8re \u00bb qui suppose un talent ou un art d\u2019autant plus sp\u00e9cial que ce qui est \u00ab r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 \u00bb[16]n\u2019avait jamais auparavant \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 (ou bien il faudrait attribuer au p\u00e8re la qualit\u00e9 d\u2019inventeur du mythe). Le premier po\u00e8te invente un sens en dissimulant le sens ant\u00e9rieur \u2013 ce qui suppose qu\u2019il y en avait un.<\/p><p>Pour ce faire, les po\u00e8tes jouissent de facult\u00e9s particuli\u00e8res. C\u2019est ainsi qu\u2019ils\u00a0 disposent \u00ab d\u2019une sensibilit\u00e9 capable de percevoir les \u00e9motions cach\u00e9es de l\u2019\u00e2me d\u2019autrui et du courage de laisser s\u2019exprimer\u00a0 leur propre inconscient \u00bb[17]Le cr\u00e9ateur du mythe a per\u00e7u la nostalgie du p\u00e8re commune \u00e0 tous et en faisant parler son inconscient c\u2019est \u00e0 celui de tous qu\u2019il a donn\u00e9 la parole, une parole ainsi d\u2019embl\u00e9e singuli\u00e8re et plurielle, communication de tous avec tous en tant que partage du commun. Cette parole n\u2019est pas le logos, du moins pas celui qu\u2019\u00e9voque Aristote en tant que facult\u00e9 \u00ab politique \u00bb de l\u2019\u00e9change au sujet du bien commun. Ou bien il faudrait conjoindre \u00e0 ce logos, d\u2019une conjonction inextricable, le mythos dont la valeur premi\u00e8re est celle non du discours mais de l\u2019expression, de la prof\u00e9ration. Si le logos discute, le mythos, lui, prononce. Il est un dire investi dans son propre ditou bien encore il est un dire qui avant tout se dit. On pourrait aller jusqu\u2019\u00e0 le d\u00e9signer comme un soi-disant dire.<\/p><h1>8<\/h1><p>En soi disant il communique aux autres cette soi-disance. Le mythe est une parole propre \u00e0 tous et \u00e0 chacun tandis que le logos est un discours pour tous qui n\u2019est propre \u00e0 personne. C\u2019est ainsi qu\u2019ils sont adoss\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre,\u00a0 Janus bifronsdu langage qui puise dans le \u00e7a et articule par les moi.<\/p><p>Le po\u00e8te est donc l\u2019autre du logicien (savant, philosophe, orateur). Il en est l\u2019autre qui parle de la m\u00eame chose, \u00e0 savoir justement l\u2019\u00eatre-ensemble, le Mitsein \u00e0 quoi tient le langage qui lui-m\u00eame tient au Mitsein. Si toutefois il se trouve une division interne du langage lui-m\u00eame, \u00e0 quoi tient-elle ? De toute \u00e9vidence le logos est du c\u00f4t\u00e9 du moi d\u00e9tach\u00e9 tandis que le mythosrel\u00e8ve du \u00e7a en train de laisser un moi se d\u00e9tacher. Aussi la proximit\u00e9 de la po\u00e9sie avec la psychanalyse est-elle presque une intimit\u00e9. Une intimit\u00e9 n\u2019est pourtant pas une identit\u00e9, tout comme une identification n\u2019est pas une unification.<\/p><p>Lacan le sait tr\u00e8s bien, qui ne s\u2019est pas content\u00e9 de noter la m\u00eame proximit\u00e9 que Freud mais qui est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 s\u2019identifier lui-m\u00eame \u2013 ou plut\u00f4t sa parole, ou lui-m\u00eame en tant que parlant \u2013 comme po\u00e8me[18]. En disant \u00ab je suis n\u00e9 po\u00e8me et papou\u00e8te \u00bb il s\u2019identifie comme parole originaire, c\u2019est-\u00e0-dire aussi originante, en m\u00eame temps qu\u2019il repousse ce que Bataille nommait la tentation gluante de la po\u00e9sie et qui depuis ce temps \u2013 ou depuis Rimbaud peut-\u00eatre \u2013 n\u2019a pas cess\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 : la po\u00e9sie comme esth\u00e9tisme pr\u00e9cieux et[19]ronflant.[20]Ce pas franchi semble conduire \u00e0 identifier psychanalyse et po\u00e9sie. Mais Lacan ne le franchit que par jeu. Il sait que cela ne peut pas relever d\u2019une d\u00e9cision personnelle car il faudrait que d\u2019abord la m\u00e8re et le groupe l\u2019aient d\u00e9clench\u00e9.<\/p><p>Comme on l\u2019a vu, ce d\u00e9clenchement demande certaines conditions. Celles-ci ne sont pas forc\u00e9ment absentes aujourd\u2019hui et il y a des po\u00e8tes \u2013 en tout cas des po\u00e8mes \u2013 parmi nous m\u00eame s\u2019il n\u2019y a pas les conditions d\u2019un Hom\u00e8re ou d\u2019un Shakespeare, pour prendre deux moi douteux et porteurs d\u2019une irr\u00e9cusable puissance d\u2019identification dont les effets ne sont pas \u00e9teints.<\/p><p>On peut donc dire \u00ab po\u00e9sie et psychanalyse remettent en question le Savoir pour, dans leur pratique, ouvrir \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb[21]A quoi il faut ajouter que c\u2019est tr\u00e8s exactement \u00e0 ce geste que la philosophie s\u2019est essay\u00e9e ou confront\u00e9e depuis Hegel jusqu\u2019\u00e0 nous, que Lacan a su reprendre et que Freud entamait en affirmant\u00a0 que les pulsions sont \u00ab nos mythes \u00bb.\u00a0 Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019on doit se demander pourquoi il y a trois pr\u00e9tendantes \u00e0 un r\u00f4le qui semble bien exiger l\u2019unicit\u00e9.<\/p><h1>9<\/h1><p>L\u2019unicit\u00e9 \u2013 voire l\u2019isolement \u2013 du fils cadet est en effet n\u00e9cessaire pour permettre que le mythe s\u2019adresse \u00e0 chacun et \u00e0 tous en m\u00eame temps.\u00a0 Il faut qu\u2019une m\u00eame voix frappe les oreilles de tous les semblables. (Le fascisme, qu\u2019il soit national-racial ou tec\u2019hno-mondial, n\u2019est pas autre chose que la prodction artificielle et forc\u00e9e dune voix unique.)<\/p><p>Or ce qui isole le cadet, ce qui le pr\u00e9-individualise pourrait-on dire, c\u2019est d\u2019abord d\u2019\u00eatre le dernier-n\u00e9, qui cl\u00f4t la s\u00e9rie, et c\u2019est ensuite d\u2019\u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par la m\u00e8re. Celle-ci le pr\u00e9f\u00e8re sans doute justement parce qu\u2019il met fin \u00e0 la s\u00e9rie. Tout se passe comme si la f\u00e9condit\u00e9 du p\u00e8re ou celle de la m\u00e8re \u00e9tait\u00a0 termin\u00e9e ou comme si la m\u00e8re, en tout cas, voulait y mettre fin (et donc comme si en un sens le r\u00f4le du p\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 p\u00e2lir). Le cadet est ainsi l\u2019objet ou le sujet de deux affects puissants : l\u2019amour de la m\u00e8re, la haine du p\u00e8re.<\/p><p>Ce double affect est l\u2019affection m\u00eame dans son ambivalence. L\u2019affection ne survient pas seulement du dehors au sujet : elle le fa\u00e7onne et elle est ce par quoi il fa\u00e7onne le monde (le colore, le fait vibrer). L\u2019amour de la m\u00e8re est cela m\u00eame : la mise au monde. Pour cette raison, la m\u00e8re n\u2019est jamais compl\u00e8tement distincte du monde (ou du \u00e7a) et pour la m\u00eame raison elle peut \u00eatre rejet\u00e9e autant qu\u2019aim\u00e9e car \u00eatre au monde signifie aussi ne plus \u00eatre le monde lui-m\u00eame en son identit\u00e9 indistincte.<\/p><p>. Le p\u00e8re en revanche est le d\u00e9tachement m\u00eame : il est la possibilit\u00e9 d\u2019un hors-monde, d\u2019une autonomie. Il est donc ha\u00ef de deux mani\u00e8res : comme une \u00e9jection[22]au dehors bien distincte d\u2019une mise au monde, mais en m\u00eame temps comme la position auto-suffisante qui ne peut que faire l\u2019 \u00bbid\u00e9al du moi \u00bb d\u00e8s lors qu\u2019un moi se d\u00e9tache ou tend \u00e0 se d\u00e9tacher.<\/p><p>Cette double duplicit\u00e9 affective, ce doublement entre m\u00e8re et p\u00e8re de l\u2019ambivalence qui est au fond l\u2019affect m\u00eame \u2013 la pouss\u00e9e repoussante vers le d\u00e9tachement, vers l\u2019individualit\u00e9 \u2013\u00a0 oblige \u00e0 s\u2019\u00e9carter un peu de Freud ou \u00e0 le prolonger pour reconna\u00eetre que c\u2019est un m\u00eame mouvement : celui du \u00e7a. L\u2019obscure perception de soi du \u00e7a ne peut que percevoir tout \u00e0 la fois une forme de m\u00eamet\u00e9 \u00e0 soi et la pouss\u00e9e ou la pulsion de cette forme vers elle-m\u00eame c\u2019est-\u00e0-dire vers son d\u00e9tachement en tant que \u00ab moi \u00bb.<\/p><p>Le \u00e7a et le moi s\u2019entr\u2019appartiennent de telle sorte que non seulement le moi est tendu vers son d\u00e9tachement mais cette tension est aussi bien celle du \u00e7a. Moyennant quoi le \u00e7a ne peut que continuer \u00e0 relever du \u00e7a et le \u00e7a ne peut que continuer \u00e0 \u00eatre au fond du moi. Mais alors il faut comprendre la nostalgie du p\u00e8re comme un g\u00e9nitif objectif et subjectif : nostalgie pour le p\u00e8re etnostalgie paternelle pour le moi dans lequel il veut se retrouver. On peut le dire en termes de narcissisme : le narcissisme absolu \u00e9tant exclu (contradictoire dans ses termes) il faut se confier au narcissisme relatif \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la relation ou bien lui-m\u00eame relationnel.<\/p><p>En allant plus loin on montrerait commnte p\u00e8re et m\u00e8re sont intriqu\u00e9s l\u2019un en l\u2019autre ou comment \u00eatre-jet\u00e9 et \u00eatre-au-monde sont corr\u00e9l\u00e9s mais aussi comment cette corr\u00e9lation implique le collectif ou la pluralit\u00e9 des moi puisque du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re il ne peut y avoir qu\u2019exclusion de l\u2019unicit\u00e9 et du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re il y a le monde, lequel implique l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et la circulation des discr\u00e8tes unit\u00e9s de sens. Et des deux c\u00f4t\u00e9s ambivalence affective : amour et haine de ce qui m\u2019a pro-jet\u00e9 et de ce qui m\u2019a ouvert le monde.<\/p><h1>10<\/h1><p>L\u2019affectivit\u00e9, comme on l\u2019a dit, ne survient pas au sujet : elle l\u2019\u00e9meut et ainsi le meut. Comme l\u2019\u00e9crit Simondon : \u00ab L\u2019affectivit\u00e9-\u00e9motivit\u00e9 est un mouvement entre l\u2019ind\u00e9termin\u00e9 naturel et le hic et nunc de l\u2019existence actuelle. \u00bb[23]- existence qui se trouve ainsi \u00ab incorpor\u00e9e dans le collectif \u00bb car \u00ab l\u2019individu en tant qu\u2019\u00e9prouvant est un \u00eatre reli\u00e9 \u00bb.<\/p><p>A ce point, on ne peut plus douter de ce que Lacan affirme ainsi : \u00ab Le collectif n\u2019est rien que le sujet de l\u2019individuel. \u00bb[24]Ce qui bien\u00a0 entendu doit \u00eatre compris selon le caract\u00e8re du sujet lacanien dont \u00ab l\u2019existence est celle d\u2019un \u00ab\u2019entre\u2019, il appartient \u00e0 une m\u00e9sologie[25] \u00bb. Le collectif est \u00e0 la fois le milieu si on peut dire naturel de l\u2019individu et l\u2019\u00e9cart relationnel par lequel les individus s\u2019y rapportent les uns aux autres. Ils s\u2019\u00e9prouvent mutuellement en tant qu\u2019ils s\u2019\u00e9meuvent : si l\u00e9g\u00e8re que soit l\u2019\u00e9motion c\u2019est elle qui remue les moi entre eux.<\/p><p>Qu\u2019en est-il du langage dans ce remuement ?\u00a0 Freud n\u2019en dit rien \u2013 bien qu\u2019il prenne soin de signaler la \u00ab calotte acoustique \u00bb du moi[26]\u00a0 Pour Lacan, le langage fait de l\u2019affect \u00ab autre chose \u00bb. \u00ab Il en fait, par la parole, un moyen de communication. \u00bb[27]. Pourtant, si l\u2019affect a d\u00e9j\u00e0 lieu dans le rapport \u00e0 l\u2019autre, il est difficile d\u2019en rester \u00e0 ce d\u00e9placement \u2013 qui pour Lacan est celui de la m\u00e9taphore en tant justement que d\u00e9placement (c\u2019est le sens grec du mot) du propre en figur\u00e9 ou du fantasme inexprimable en parole communicable.[28]<\/p><p>Si on en restait l\u00e0 on n\u2019aurait rien dit des raisons de cette suppos\u00e9e m\u00e9taphorisation. Il faut aller plus loin dans le rapport du langage \u00e0 l\u2019affect. Rousseau nous ouvre la voie. On sait qu\u2019il \u00e9crit \u00ab les besoins dict\u00e8rent les premiers gestes, les passions arrach\u00e8rent les premi\u00e8res voix \u00bb[29]. L\u2019affect fait parler ou plus exactement il fait d\u2019abord r\u00e9sonner la voix[30]. Celle-ci n\u2019est pas d\u2019embl\u00e9e le langage articul\u00e9 mais l\u2019\u00e9l\u00e9ment sonore de ce que Bernard Baas nomme \u00ab la voix en corps \u00bb : la voix en tant qu\u2019elle vient du corps, qu\u2019elle est de lui et se forme en lui.<\/p><p>Ce qui se forme ainsi porte le corps hors du corps. Cela le fait entendre. Cet entendre est un sentir : la voix module pour Rousseau \u00ab les accens[31]de la passion \u00bb et \u00ab ces accens nous font tressaillir [\u2026] nous font sentir ce que nous entendons \u00bb. Dans la voix le corps se communique au corps de l\u2019autre. Cette communication ignore toute transposition d\u2019un inexprimable en une expression : elle fait rapport, elle est simultan\u00e9ment d\u00e9couverte de l\u2019autre \u2013\u00a0 de soi comme autre, de l\u2019autre comme soi, le m\u00eame\/la m\u00eame\u2013 et appel \u00e0 l\u2019autre[32]. La primaut\u00e9 du collectif sur l\u2019individuel tient \u00e0 ce que l\u2019appel \u00e0 \u00ab toi \u00bb est contemporain du d\u00e9tachement du \u00ab moi \u00bb.<\/p><p>Cet appel ne communique une \u00e9motion que parce que l\u2019\u00e9motion elle-m\u00eame est appel du dehors et au dehors \u2013 mise en branle du m\u00eame comme tel. Nulle part, en m\u00eame temps, ne se marque mieux le caract\u00e8re de l\u2019identification en tant qu\u2019elle n\u2019est ni fusion, ni unification. L\u2019\u00e9motion ne ram\u00e8ne pas au \u00e7a, elle est bien plut\u00f4t l\u2019autoperception du \u00e7a en tant que s\u2019appelant.<\/p><p>\u00c7a s\u2019appelle, et d\u00e8s que \u00e7a s\u2019appelle \u00e7a s\u2019alt\u00e8re et \u00e7a s\u2019identifie.<\/p><h1>11<\/h1><p>C\u2019est en quoi c\u2019est po\u00e9tique. Le po\u00e8me n\u2019est pas d\u2019abord une mise en jeu de la langue sur les bords extr\u00eames de la signification. Il est bien plut\u00f4t l\u2019ouverture de la possibilit\u00e9 du sens. Jean-Christophe Bailly \u00e9crit :<\/p><h4><em>\u00ab c\u2019est ici [\u2026] que se cache \u2013 et que surgit la nature sonore du po\u00e8me et son rapport natif \u00e0 la prosodie et au chant : le po\u00e8me n\u2019invente rien, mais se portant ainsi au devant du langage, il en recueille pleinement la r\u00e9sonance, et confond cette r\u00e9sonance \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 d\u2019un sens. Le po\u00e8me est la tonalit\u00e9 du sens \u00bb[33]<\/em><\/h4><p>A quoi il suffit d\u2019ajouter que le sens est avant tout tonalit\u00e9 \u2013 tension, vibration, inflexion non pas simplement de la voix comme ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0 acoustique mais de la voix en tant que corps \u00e9mu. Le sens, c\u2019est qu\u2019il y ait de l\u2019appel et de la r\u00e9ponse. Ce n\u2019est pas la signification, qui d\u2019elle-m\u00eame renvoie ind\u00e9finiment \u00e0 d\u2019autres significations. C\u2019est au contraire ce renvoi lui-m\u00eame en tant qu\u2019envoi \u00e0 l\u2019autre.<\/p><p>Le sens n\u2019est pas au-del\u00e0 de la signification : il est la signifiance de toute signification en tant qu\u2019elle est toujours encore \u00e0 venir. Et en corps pour reprendre l\u2019homophonie que Baas fait r\u00e9sonner. Le sens vient par l\u2019autre et comme l\u2019autre, il vient comme l\u2019auto-alt\u00e9ration du \u00e7a. Auto-alt\u00e9ration en effet \u2013 coordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019auto-perception \u2013 puisque la voix s\u2019entend. Du Narcisse parle de Val\u00e9ry Derrida tire ceci : \u00ab la voix semble se passer du d\u00e9tour de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 du miroir ou de l\u2019eau, du monde, pour se r\u00e9fl\u00e9chir imm\u00e9diatement elle-m\u00eame, dans l\u2019intime instantan\u00e9it\u00e9 de la r\u00e9sonance. \u00bb[34]<\/p><p>C\u2019est ainsi que le po\u00e8me, tout autant qu\u2019il fait r\u00e9sonner sa voix en elle-m\u00eame, sans intention communicative,\u00a0 fait r\u00e9sonner\u00a0 non seulement des \u00e9motions mais la motion ou la pulsation du monde. \u00ab Le plus ancien po\u00e8me est la religion \u00bb \u00e9crit Kant[35]. La religion ici n\u2019est pas une croyance, elle est l\u2019appel et l\u2019\u00e9coute d\u2019une voix qui est celle de tous \u00e0 travers un corps \u2013 un corps tot\u00e9mique, un corps mythique qui n\u2019en est pas moins en m\u00eame temps celui d\u2019une voix singuli\u00e8re. C\u2019est le r\u00e9cit du mythe de la tribu.[36]<\/p><p>Certes, il arrive qu\u2019un groupe ne trouve pas ou bien perde son mythe. Alors il commence \u00e0 se d\u00e9composer, ses po\u00e8tes ne le sont que de nom, pour faire des effets, et le monde se change en connexion. Mais lorsqu\u2019elle a lieu,\u00a0 la po\u00e9sie (non la pouasie)\u00a0 donne une voix non seulement \u00e0 tous[37]mais au cosmos \u2013 qui lui aussi est dans le \u00e7a. La nostalgie du p\u00e8re selon son double g\u00e9nitif est nostalgie du sujet pour un monde et du monde pour ceux qui le peuplent. La po\u00e9sie est la voix mise au monde et le monde mis en voix.<\/p><p>Ce qui peut se dire par ces vers de Michel Deguy o\u00f9 l\u2019 \u00ab identification \u00bb a le sens d\u2019une assimilation identitaire et se voit opposer la similitudes des m\u00eames :<\/p><\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-d354ebe elementor-blockquote--skin-quotation elementor-blockquote--button-color-official elementor-widget elementor-widget-blockquote\" data-id=\"d354ebe\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"blockquote.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<blockquote class=\"elementor-blockquote\">\n\t\t\t<p class=\"elementor-blockquote__content\">\n\t\t\t\tLa comparaison entretient l\u2019incomparable\n<br>La distinction des choses entre elles\n<br>Po\u00e9sie interdit l\u2019identification\n<br>Pour la douceur du comme rigoureuse\n<br>Commun ?\n<br>Comme-un\n<br>C\u2019est tout comme si\n<br>C\u2019\u00e9tait comme-un.<br>[38]\n\t\t\t<\/p>\n\t\t\t\t\t<\/blockquote>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-a69f04d elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"a69f04d\" data-element_type=\"section\" data-settings=\"{&quot;background_background&quot;:&quot;classic&quot;,&quot;_ha_eqh_enable&quot;:false}\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-ce37f9a\" data-id=\"ce37f9a\" data-element_type=\"column\" data-settings=\"{&quot;background_background&quot;:&quot;classic&quot;}\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9f2d25e elementor-invisible elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"9f2d25e\" data-element_type=\"widget\" data-settings=\"{&quot;_animation&quot;:&quot;fadeInDown&quot;}\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-text-editor elementor-clearfix\"><p><strong>Note:<\/strong><\/p><ol><li><p>Le moi et le \u00e7a III. \u2013 Je me contenterai d\u2019indiquer les sections dans les textes de Freud car je pr\u00e9f\u00e8re les traduire moi-m\u00eame et cette r\u00e9f\u00e9rence permettra de se rep\u00e9rer aussi bien \u00e0 ceux qui veulent voir l\u2019allemand qu\u2019\u00e0 ceux qui veulent consulter les traductions. Aussi bien ne s\u2019agit-il pas d\u2019un travail d\u2019\u00e9rudition.<\/p><\/li><li><p>Ou par un suppl\u00e9ment au sens analys\u00e9 par Derrida.<\/p><\/li><li><p>Avec Philippe Lacoue-Labarthe j\u2019avais travaill\u00e9 ce point dans La Panique politiqueen 1979 (republication chez Christian Bourgois en 2013).<\/p><\/li><li><p>Ce mot, en 1921, n\u2019est pas charg\u00e9 des valeurs qu\u2019il a aujourd\u2019hui \u2013 tant\u00f4t p\u00e9joratives et tant\u00f4t r\u00e9volutionnaires. Il d\u00e9signe \u00e0 la fois le nombre, la multitude, le collectif ou le commun d\u00e9couvert depuis environ un demi-si\u00e8cle comme agr\u00e9gation, assemblement ou m\u00eal\u00e9e d\u2019individus \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire comme ce qui fait probl\u00e8me d\u00e8s lors qu\u2019on part de l\u2019individu ce qui est le cas de Freud comme de tous, \u00e0 l\u2019exception des marxistes pour qui le concept de classe est cens\u00e9 transformer\u00a0 toute cette probl\u00e9matique. \u2013 Le pluriel du mot dans le titre de Freud correspond \u00e0 celui des \u00ab foules \u00bb dans le livre de Le Bon qu\u2019il commente. Comme ce terme a aujourd\u2019hui une connotation plus dispersive qu\u2019en 1900 (\u00ab il y a foule dans le m\u00e9tro \u00bb) je pr\u00e9f\u00e8re garder le mot \u00ab masse \u00bb.<\/p><\/li><li><p>Lors de son voyage aux Etats-Unis en 1909 Freud d\u00e9clarait qu\u2019il voulait observer un porc-\u00e9pic sauvage\u2026<\/p><\/li><li><p>J\u2019ai analys\u00e9 cela dans Cruor.<\/p><\/li><li><p>Le moi et le \u00e7a, 2.<\/p><\/li><li><p>Comme Freud l\u2019explique de mani\u00e8re complexe et un peu maladroite car il semble vouloir \u00e0 la fois parler de l\u2019origine et retracer un premier parcours pr\u00e9historique qui aurait conduit d\u2019une premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 tot\u00e9mique, renon\u00e7ant \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage du p\u00e8re, \u00e0 une \u00bbnouvelle famille \u00bb aux p\u00e8res multiples et d\u00e9pourvus de la toute-puissance du p\u00e8re originel et de ce fait insatisfaisante (qui semble correspondre \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 contemporaine des tout premiers mythes connus et de la po\u00e9sie dont Freud veut parler). De ce fait, sa sc\u00e8ne est \u00e0 la fois premi\u00e8re et seconde \u2013 ce qui est tr\u00e8s instructif\u00a0 quant \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de saisir une origine au sens propre.<\/p><\/li><li><p>Massenpsychologie II.<\/p><\/li><li><p>Gemeinsame Tagtra\u00fcme(R\u00eaves \u00e9veill\u00e9s en commun).<\/p><\/li><li><p>Ou bien \u00ab arch\u00e9ophilique \u00bb comme nous disions dans La Panique politique<\/p><\/li><li><p>S\u00e9minaire de 1961-1962 sur l\u2019identification, s\u00e9ance du 22 novembre 1962.<\/p><\/li><li><p>\u00ab Tout autre est tout-autre \u00bb<\/p><\/li><li><p>Dans le m\u00eame s\u00e9minaire.<\/p><\/li><li><p>Bien entendu, on devrait poser la question d\u2019un pouvoir du po\u00e8te. Mais je ne peux le faire ici.<\/p><\/li><li><p>Umdeutung peut \u00eatre compris avec la valeur d\u2019un retournement,d\u2019une inversion voire d\u2019une perversion.<\/p><\/li><li><p>Beitr\u00e4ge zur Psycholgie des Liebeslebens, I (Contributions \u00e0 la psychologie de la vie amoureuse). Comme on sait, Freud est souvent revenu sur les facult\u00e9s suo\u00e9rieures des po\u00e8tes et des artistes en g\u00e9n\u00e9ral en mati\u00e8re de p\u00e9n\u00e9tration de la psych\u00e8. On lit dans L\u2019Avenir d\u2019une illusion II que \u00ab Les \u0153uvres de l\u2019art exaltent les sentients d\u2019identification dont chaque groupe culturel a si grand besoin. \u00bb<\/p><\/li><li><p>\u0152uvres graphiques et manuscrites p. 48.<\/p><\/li><li><p>Esther Tellermann, Freud-Lacan\u00ab Consultation-document (Freud-lacan.com)<\/p><\/li><li><p>Ce refus moderne de la \u00ab po\u00e9sie-pouasie \u00bb constitue un sympt\u00f4me majeur de la disparition du mythe et de la nostalgie qui l\u2019accompagne depuis le romantisme allemand. La nostalgie a substitu\u00e9 le mythe au p\u00e8re et cette nostalgie aggrav\u00e9e souffre de ne pas pouvoir faire na\u00eetre un nouveau dire originel.<\/p><\/li><li><p>Esther TELLERMANN S\u2019apparenter \u00e0 un po\u00e8te.pdf (gnipl.fr), Le terme \u00ab apparenter \u00bb est repris de Lacan et se distingue bien s\u00fbr de la \u00abplate parent\u00e9 \u00bb : c\u2019est ce que ce texte commente.<\/p><\/li><li><p>Il faut bien s\u00fbr penser \u00e0 la Geworfenheit \u2013 l\u2019\u00eatre-jet\u00e9\u00a0 chez Heidegger.-<\/p><\/li><li><p>L\u2019individuation \u00e0 la lumi\u00e8re des notions de forme et d\u2019information, Million, 2003, p. 247 puis 244\u00a0 Il faudrait, ailleurs, suivre de pr\u00e8s ces analyses de Simondon, notamment dans leur rapport distanci\u00e9 avec la psychanalyse..<\/p><\/li><li><p>Ecrits, Seuil, 1966, p 247. Cette phrase vient \u00e0 la suite d\u2019un rappel de Massenpsychologie.<\/p><\/li><li><p>Etude des milieux, donc des relations, rapports et \u00e9changes.<\/p><\/li><li><p>Le moi et le \u00e7a, 2. La calotte figure dans le fameux dessin de la deuxi\u00e8me topique. Paul Celan a repris et d\u00e9cal\u00e9 la H\u00f6rkappe en H\u00f6rklappe(clapet acoustique) dans son po\u00e8me Schief. Voir le commentaire par Jean Bollack : \u00ab Celan lit Freud \u00bb, dans Savoirs et clinique, 2005\/1 n\u00b06. Cette intervention du po\u00e8te m\u00e9riterait encore d\u2019autres commentaires : pour rester bref je dirais qu\u2019il semble signifier qu\u2019il entend autrement ou mieux que l\u2019analyste.<\/p><\/li><li><p>S\u00e9minaire sur l\u2019identification, mai 1962.<\/p><\/li><li><p>La pens\u00e9e de Lacan ne se r\u00e9duit pas \u00e0 cette vulgate lacanienne. On peut se reporter par exemple \u00e0 \u00ab L\u2019erre de la m\u00e9taphore \u00bb de Eric Porge, Essaim n\u00b021, 2008. Voir du m\u00eame Voix de l\u2019\u00e9cho, Er\u00e8s, 2012. Ce qui d\u00e9place l\u2019opposition du propre et du figur\u00e9 dont proc\u00e8de l\u2019id\u00e9e m\u00eame de m\u00e9taphore demanderait bien s\u00fbr de passer par \u00ab la Mythologie blanche \u00bb de Derrida et la discussion avec Ricoeur qui a suivi ce texte. Parall\u00e8lement \u00e0 ce travail philosophique c\u2019est vers une topologie que s\u2019est dirig\u00e9 Lacan. Pour ma part, je voudrais revenir vers la po\u00e9sie, c\u2019est-\u00e0-dire montrer que s\u2019il doit s\u2019agir du po\u00e8me il faut bien alors exc\u00e9der tout discours de savoir. Non pour dire plus ou mieux, mais pour s\u2019en remettre au dire.<\/p><\/li><li><p>Essai sur l\u2019origine des langues.<\/p><\/li><li><p>Au sujet de la voix entre psychanalyse et philosophie il faut lire les travaux de Bernard Baas, La voix d\u00e9li\u00e9e, L\u2019\u00e9cho de l\u2019imm\u00e9morialet \u2013 \u00e0 para\u00eetre \u2013 Jouissances de la voix (o\u00f9 il parle de \u00ab la voix en corps \u00bb<\/p><\/li><li><p>Orthographe d\u2019\u00e9poque.<\/p><\/li><li><p>O doit penser \u00e0 la \u00ab pulsion invoquante \u00bb introduite par Alain Didier-Weil et reprise par Lacan<\/p><\/li><li><p>Naissance de la phrase, Nous, 2020, p. 61.<\/p><\/li><li><p>Marges de la philosophie, Minuit, 1972 p. 341. Certes il faut pr\u00e9ciser que cette \u00ab imm\u00e9diatet\u00e9 \u00bb est une apparence (\u00ab semble \u00bb \u00e9crit Derrda). La voix s\u2019articule et donc se m\u00e9diatise. Il n\u2019y a pas de distinction tranch\u00e9e entre voix et discours, entre sens et signification. Chacune et chacun renvoie plut\u00f4t \u00e0 l\u2019autre, r\u00e9sonne dans l\u2019autre (ce qui fait un \u00ab sujet \u00bb)\u00a0 A propos de la r\u00e9sonance on trouve un \u00e9cho dans mon A l\u2019\u00e9coute (Galil\u00e9e, 2002)<\/p><\/li><li><p>La religion dans les limites de la simple raison, I, 1<\/p><\/li><li><p>Comment on passe de la voix tot\u00e9mique \u00e0 la croyance, et comment dans la phrase de Kant il s\u2019agit, pour tout citer, de \u00ab la religion des pr\u00eatres \u00bb, c\u2019est une question que je ne peux pas aborder ici.<\/p><\/li><li><p>M\u00eame \u00e0 ceux qui ne l\u2019entendent pas. Aussi longtemps que le mythe se prononce, il touche tous les membres du groupe, il fait identification. Lorsqu\u2019il cesse de le faire et que \u00ab le mythe \u00bb devient une propagande, que ce soit celle d\u2019un dictateur ou celle d\u2019une bande de publicitaires (c\u2019est la m\u00eame chose) le groupe tout entier entend mais ce qui\u00a0 en fait n\u2019est pas sa voix. Ou bien il cesse par l\u00e0 m\u00eame de faire groupe et fait plut\u00f4t masse au sens actuel du mot\u00a0 Bernard Baas examine ce point au chapitre \u00ab Des clameurs du peuple \u00bb de Jouissances de la voix.\u00a0<\/p><\/li><li><p>Aide-m\u00e9moire dans Comme ci Come \u00e7a, Gallimard, 2012, p. 105(texte paru en 1985).<\/p><\/li><\/ol><\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nostalgie du p\u00e8re (French version) By\u00a0Jean-Luc Nancy 1 Vatersehnsucht : Freud d\u00e9signe ainsi[1]le rapport premier \u2013 originaire, archa\u00efque au sens le plus propre \u2013 que toute constitution d\u2019identit\u00e9 (d\u2019un individu, d\u2019un moi) implique n\u00e9cessairement. Par rapport \u00e0 cette nostalgie irrepr\u00e9sentable nous ne connaissons que des substituts : Id\u00e9al du moi, Dieu, Chef, et aussi \u00abp\u00e8re\u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3381,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[28],"class_list":["post-3420","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-relatori-en","tag-nancy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3420","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3420"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3420\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3427,"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3420\/revisions\/3427"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3381"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3420"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3420"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.massenpsychologie.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3420"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}